Académies diplomatiques

Académies diplomatiques

Certains pays disposent d’une académie diplomatique qui assure la formation des cadres diplomatiques. Ces écoles peuvent être privées ou publiques. De même, des centres ou instituts de formation au métier diplomatique peuvent exister en interne au sein de certains ministères des Affaires étrangères. Tel est le cas de la France depuis quelques années (voir ci-après). Parmi les plus prestigieuses on mentionnera l’Académie diplomatique de Vienne (Autriche), l’Académie ecclésiastique pontificale, l’Académie diplomatique brésilienne appelée Instituto Rio Branco et qui forme des diplomates de très haut niveau sans oublier le Foreign Service Institue des Etats-Unis (voir ci-après).

Il existe aujourd’hui un réseau international des écoles diplomatiques qui leur permet d’entretenir des liens et des échanges dans le cadre de leur spécificité.

Pour sa part, la France ne dispose pas à proprement parler d’académie diplomatique, la formation des cadres supérieurs de sa diplomatie étant assurée, à un niveau général, par l’Ecole nationale d’administration (Ena) et, au plan interne, après intégration au Département, par les services de celui-ci. On notera également que pour le personnel consulaire, avant son départ en poste, le ministère des Affaires étrangères organise une formation dans ses services situés à Nantes, individualisés en la circonstance sous la dénomination d’Institut de formation aux affaires administratives et consulaires (Ifaac).

Il convient toutefois de mentionner que, durant la période où elle a possédé un empire colonial, la France a formé ses gouverneurs et administrateurs des colonies au sein de l’Ecole Coloniale,  créée en 1889 et implantée 2 avenue de l’Observatoire à Paris, face au Palais du Luxembourg. Mais il s’agissait plus d’une école d’administration que d’une académie diplomatique. L’entrée à l’école intervenait à l’issue d’un concours organisé pour des promotions qui ne dépassaient pas une cinquantaine d’élèves. Elle subit un profond remaniement en 1950 à l’occasion duquel elle prit le nom d’Ecole nationale de la France d’outre-mer (ENFOM) qu’elle conserva jusqu’à sa suppression en 1959. Cette date coïncidait avec les décolonisations des années cinquante (Asie, Maghreb) et la décolonisation massive des colonies d’Afrique sub-saharienne qui intervint en 1960. Elle survécut dans une certaine mesure sous la forme et appellation d’Institut des Hautes Etudes d’Outre-Mer, affecté à la formation des cadres des nouveaux Etats indépendant (1959), puis dans la transformation de ce dernier en Institut international d’Administration Publique (1966) rattaché à l’Ecole Nationale d’Administration (ENA). L’établissement est ainsi aujourd’hui le siège parisien – et secondaire – de l’ENA,  dont le siège principal est à Strasbourg.

Sous l’Ancien Régime, la France a possédé pendant quelques années (de 1712 à 1719) une école diplomatique qui avait pour cadre l’ancien service des archives, alors appelé le « Dépôt », installé au Louvre. Elle avait été instituée par Louis XIV à l’instigation de son secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Jean-Baptiste Colbert, marquis de Torcy et neveu du grand Colbert, sous le nom d’Académie politique.

Elle avait pour fonction de former les futurs secrétaires d’ambassade et ambassadeurs. L’enseignement dispensé y était fort moderne, associant formation théorique et pratique, travail personnel et en groupe, avec une étude attentive des archives, ce qui justifiait l’implantation de l’académie au sein même du Dépôt.

Malheureusement, elle n’a pas longtemps survécu à la mort du roi et a disparu l’année même de la mort de Torcy en 1719. L’enjeu, pourtant était considérable. Il faut regretter l’échec de cette tentative de professionnalisation de la carrière diplomatique. Il s’agissait de former de futurs ambassadeurs à l’histoire diplomatique, à la négociation, à l’art de la correspondance et des dépêches diplomatiques.

Mais c’était encore l’époque où la noblesse d’épée, qui occupait pour l’essentiel ces hautes fonctions au service du roi, n’avait pas réellement la volonté d’engager ni de former ses fils en vue d’une carrière jugée encore trop aléatoire et instable en comparaison avec d’autres charges, vénales[1]. Même pour des nobles, des fonctions de représentation permanente du roi dans une résidence à l’étranger constituaient une assurance à peu près certaine de se ruiner ou peu s’en faut dans un train de vie qui était souvent laissé à la charge du titulaire du poste. Tout cela explique peut-être qu’au maximum de son effectif, l’académie n’ait pas compté plus de douze étudiants. En tout état de cause, les structures diplomatiques du royaume n’étaient pas prêtes pour pérenniser une expérience aussi avancée de ce qui peut être considéré comme la première école nationale d’administration. L’idée d’une école de formation à la carrière diplomatique sera encore vigoureusement repoussée par le second Empire[2].

Plus tard sera créé à Strasbourg, au sein de l’université, l’institutum historico-politicum. Il va être, tout au long de la seconde moitié du XVIIIe siècle, la grande école diplomatique française, on pourrait dire européenne, puisqu’elle fut effectivement fréquentée par les fils de toute la noblesse européenne (allemands, autrichiens, français, russes, danois, suédois, anglais, polonais, hollandais). La création de cette école par Jean-Daniel Schoepflin, historiographe et conseiller du roi Louis XV, doit semble-t-il être établie à l’année 1752. Elle fut très vite reconnue dans toute l’Europe pour la qualité de ses enseignements comme pour la qualité de la société qui la fréquentait. La Révolution mit fin à cette institution[3].

Une autre raison permet d’expliquer le peu de faveur que reçut l’idée d’école diplomatique sous l’Ancien Régime. Elle a trait au fait que les familles nobles qui désiraient orienter un fils vers le métier diplomatique le faisaient le plus souvent entrer directement comme commis au service d’un ambassadeur, qui était fréquemment un parent. Le novice suivait ainsi l’ambassadeur en mission, ce dernier pouvant même l’associer à certaines négociations. De nombreux diplomates de l’ancienne France ont été formés de cette façon, comme Vergennes, qui deviendra ministre des Affaires étrangères de Louis XVI. Il suivit ainsi son grand-oncle, M. de Chavigny, notamment dans son ambassade de Lisbonne[4].

S’il n’y a pas en France d’académie diplomatique au sens d’établissement extérieur au ministère des Affaires étrangères, un institut interne au Département vient répondre depuis quelques années à l’exigence de formation de ses diplomates. Le ministère des Affaires étrangères a préféré disposer de son « académie diplomatique » interne sous la forme de l’Institut diplomatique et consulaire (IDC) créé en 2010. Il succédait ainsi à une première expérience d’une dizaine d’années de fonctionnement de l’Institut diplomatique qui fonctionnait au titre de la formation continue de certains des cadres du ministère et de quelques cadres relevant d’autres départements gouvernementaux. Cette formation continue ne concernait pas l’ensemble des diplomates français de catégorie A mais seulement quelques dizaines d’auditeurs sélectionnés et s’avérait donc imparfaite en dépit de sa qualité. Il a été décidé de lui substituer une nouvelle structure, l’IDC, qui assume ainsi depuis le début des années 2010 non seulement la formation continue des cadres de catégorie « A » à mi-carrière, mais peut-être surtout la formation initiale obligatoire de tous les jeunes diplomates entrant au Quai d’Orsay pour un premier poste, prioritairement orientée vers les nombreuses compétences techniques à acquérir pour bien se lancer dans la Carrière.

Exemple 1 : Le Foreign Service Institue (FSI) des Etats-Unis, académie diplomatique du Département d’Etat est implanté à l’Arlington Hall (Arlington) dans la proche banlieue de Washington. Il forme les nouveaux diplomates qui viennent d’être recrutés et assure la formation continue des diplomates américains déjà en poste (career-long-learning), non des étudiants se destinant à la carrière diplomatique. Il a été créé le 13 mars 1947 par décision du président Harry Truman et sous l’égide du Secrétaire d’Etat George Marshall. Il enseigne 70 langues étrangères et dispense 800 cours différents dont 275 en enseignement à distance pour les membres de la communauté des affaires étrangères en poste. Le FSI est structuré en cinq grands départements :

School of languages Studies (SLS)

School of Professional and Area Studies (SPAS)

School of Applied Information Technology (SAIT)

Leadership and Management School (LMS)

Training center (TC).

Exemple 2 : l’Instituto Rio Branco est l’académie diplomatique du ministère des Affaires étrangères du Brésil. Il fut créé en 1945 pour le centenaire de José Maria da Silva Paranhos Junior, Barão (baron) do Rio Branco (1845-1912), considéré comme le créateur de la diplomatie brésilienne moderne. Il fut en effet ministre des relations extérieures de 1902 à 1912, après avoir occupé plusieurs postes diplomatiques dont celui d’ambassadeur à Berlin. Dispensant une formation de grande qualité, reconnue au plan international, l’Instituto Rio Branco a formé depuis lors plus de 2000 diplomates. La promotion 2018 (année d’entrée à l’Institut), est constituée des candidats qui ont réussi le concours d’admission 2017 : 28 jeunes élèves diplomates (17 hommes, 11 femmes), auxquels sont venus se joindre 7 auditeurs étrangers (pays lusophones, Argentine, Japon, Kazakhstan).

[1] Voir Claire Béchu, ibid. pp. 334-335.

[2] Voir Keith Hamilton, Richard Langhorne, The practice of diplomacy, London, ed. Routledge, 1995, p. 100.

[3] Voir Jürgen Voss, L’Ecole diplomatique de Strasbourg et son rôle dans l’Europe des Lumières, in L’invention de la diplomatie, op. cit. pp. 363-372.

[4] Voir Claire Béchu, Les ambassadeurs français au XVIIIe siècle : Formation et carrière, art. cit. pp. 342-344.

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